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TRIBUNE SYNDICALISTE LIBERTAIRE

TRIBUNE SYNDICALISTE LIBERTAIRE

Ce blog est animé par des militant-e-s syndicalistes libertaires lyonnais-es, organisé-es ou non à la CGA, adhérent-es de différentes organisations syndicales. Il a pour objet la diffusion des propositions que font les militant-e-s syndicalistes libertaires, dans le respect de l'indépendance et de la démocratie syndicale,contribuant au débat en cours dans le mouvement syndical. Ces contributions ont pour but le renforcement du rapport de force en faveur des travailleuses et des travailleurs par le développement des luttes.

[Analyse] L’occupation de pôle emploi et la question du chômage et de la précarité dans les organisations syndicales.

Publié par tribune-syndicaliste-libertaire sur 8 Février 2012, 20:13pm

Catégories : #interpro

Le mardi 17 janvier, une journée nationale d’action était organisé à l’appel de la CGT PEP (Précaire et privé d’emplois) et de collectifs autonomes de « chômeurEUSEs » était organisée.

A Lyon, cette journée s’est traduite par l’occupation de la direction territoriale de Pôle emploi par quelques dizaines de personnes, pour la plupart des travailleuses ou travailleurs sans emploi et/ou précaires.

Après un premier rassemblement au Pôle emploi de Charpennes, nous avons semé les policiers de la DCRI chargés de notre surveillance et avons occupé le siège territorial de Pôle emploi situé à Gorges de Loup. Celui-ci n’accueille pas de public mais hébergeait la commission paritaire chargé des recours. L’occupation a été l’occasion de mettre en lumière les enjeux que soulèvent la question du chômage et de la précarité au sein du mouvement syndical, qui prennent une importance encore plus particulière en cette période de crise et de chômage de masse.

En effet, l’occupation a interrompu la réunion paritaire, et une camarade de la CGT PEP a pris la parole pour énoncer les revendications d’ordre collectif (fin des radiations, non remboursement des trop perçus, prime de fin d’année de 500 euros, contre les ORE –« offres raisonnables d’emploi » (sic) que les travailleurEUSEs sans emploi sont obligé d’accepter sous peine de radiations au bout de trois refus….).

C’est alors que le commissaire paritaire CGT a pris la parole pour dire qu’il n’avait pas été prévenu de l’occupation, et qu’il considérait celle-ci comme malvenue et illégitime, alors même que les représentants patronaux étaient encore présent-e-s ! Une telle réaction a suscité une indignation légitime des « chômeurEUSES » et précaires en lutte.

Dans la confusion de la discussion, les représentants patronaux ont pris la tangente…

Cette situation met en lumière plusieurs choses :

_ La question du chômage et de la précarité au sein des organisations syndicales, fait l’objet d’approches différentes et parfois contradictoires : une approche gestionnaire, à travers le paritarisme, qui peut facilement glisser de la défense des travailleurs et travailleuses sans emploi à leur gestion comme « usagers » de Pôle emploi, gestion qui intègre la logique patronale du « bon » et du « mauvais » «chômeur ».

_ L’absence de prise en charge réellement intrepro de la question, ou au moins son insuffisance. Cela aboutit à ce que les travailleuses et travailleurs précaires ou sans emploi soient cantonnés « à part », la CGT PEP, qui a le mérite de défendre leurs intérêts spécifiques (souvent minorés dans un certains nombre de syndicats de branches), mais qui les isole des syndicats d’industrie, et des structures interpro. Une action comme celle du 17 aurait dû susciter une mobilisation de l’ensemble des syndicats CGT. Pour cela il faut que chaque syndicat prenne en charge de manière claire et déterminée la lutte contre la précarité, et que les structures interpro se fassent le relais de ces initiatives et organisent la coordination de l'action syndicale sur ce terrain.

 

Cette situation est accrue par l’approche idéologique dominante de la question du chômage, tant dans les organisations syndicales, que dans les organisations de chômeurs.

Les « chômeuses et chômeurs » sont des travailleuses et des travailleurs sans emploi. Rappeler cette évidence c'est casser la logique de division patronale, qui vise à diviser les travailleuses et travailleurs selon qu'ils aient un emploi ou non. Il ne s'agit pas ici de fétichiser le travail, ou de faire du travail l’élément de mesure dus tatut social mais de reconnaître que tous les chômeurs et chômeuses travaillent à un moment ou à un autre ou ont travaillé.

Le terme « chômeur », comme le terme salarié, renvoie à une connotation passive. Son utilisation permet d’alimenter le discours de « l’assistanat ». Alors que les travailleuses et travailleurs sans emploi ou précaires produisent des richesses (qu’elles soient valorisées ou non dans le système capitaliste), participent à la vie sociale, la rhétorique patronale les isole du reste du prolétariat.

La situation n'est pas la même dans tous les pays :

En témoigne la situation de l'Argentine, le terme « trabajojes desoccupado » désigne les travailleurs et travailleuses sans emploi. Les MTD (mouvement de travailleurs et travailleuses sans emploi) sont l’équivalent des « mouvements de chômeurs » en France. Ils mènent des actions directes (coupages de route, « piquets »…) en lien avec les autres « organisations de base », dont des organisations syndicales de base. Leur autonomie est articulée dans une vision lutte de classe.

En France, le développement des organisations autonomes de chômeurs est lié historiquement aux carences de la plupart des organisations syndicales quant aux problématiques spécifiques des travailleuses et travailleurs sans emploi, ainsi qu’à l’insuffisance prise en compte de la question de la précarité par les structures de branches et les structures interpro.

En cela les « organisations autonomes de chômeurs » ont représenté une réponse salutaire à cette carence. Mais malheureusement, leur développement a entériné le statut quo et a renforcé l’isolement des travailleurs et travailleuses précaires et sans emploi par rapport au reste du prolétariat. Il ne s'agit pas d'en faire porter la responsabilité sur ces organisations où les personnes qui s'y retrouvent mais de souligner les problèmes que posent la logique idéologique qui l'a accompagnée.

Le meilleur moyen de lutter contre cet isolement c'est de lutter dans les syndicats pour que celles et ceux-ci organisent l'ensemble du prolétariat sur la base de ses intérêts, et non principalement les salariés statutaires ou en CDI. C'est aussi de penser l'articulation entre des espaces d'organisation spécifiques (coordination sur les questions chômage/précarité au sein des syndicat) et les structures de branche ou interpro.

C'est enfin de développer une approche de classe de la question du chômage et de la précarité, qui ne voit pas les travailleuses et travailleurs sans emploi comme responsable de leur situation, qui ne vise pas à les « gérer », mais réaffirme que les allocations chômage sont un dû car elles sont partie intégrante du salaire, en tant que salaire différé. Que le salaire n'est pas une obole que nous fait le patron sur ses richesses mais que c'est la part qu'il nous laisse après s'être approprié notre travail sous la forme de la plus value.

Que dès lors la lutte pour le versement des allocations, leur augmentation, le non remboursement des trop perçus, les primes, la fin des radiations, sont un des aspects de la lutte générale du mouvement ouvrier et syndical pour l'augmentation des salaires, l'un des axes de la lutte des classes. Qu'elle s'articule avec la lutte contre les exonérations de cotisations, qui s'articulent avec la casse de la sécu (dont l'assurance chômage) et donc la politique de traque des chômeurs.

 

Un militant syndicaliste libertaire CGT